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Les enfants congelés du Llullaillaco

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Posté le 24/01/2010
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Le volcan Llullaillaco où a été trouvé le sanctuaire
Copyright © TripTeaser - Le volcan Llullaillaco où a été trouvé le sanctuaire
À Salta se trouve un des plus impressionnants musées qu’il nous ait été donné de voir : le Museo de Arqueologia de Alta Montaña (le MAAM). Celui-ci a été mis en place après qu’une expédition d’archéologues montagnards ait découvert au sommet du Volcan Llullaillaco à plus de 6700 mètres d’altitude un cimetière inca.

Ce site archéologique est le plus haut du monde et un des plus fascinants. On y a trouvé une plateforme cérémonielle de 10 mètres sur 6 où étaient creusées dans la roche trois tombes à 1,5 – 2 mètres de profondeur. À l’intérieur de chacune se trouvait un enfant recroquevillé dans un état de conservation parfait, plongé dans un rêve de plus de 500 ans.

Cette adolescente de 15 ans (la Doncella), cette petite fille de 6 ans (la Niña del Rayo) et ce garçon de 7 ans (El Niño) ont tous trois été choisis par l’élite Inca de l’époque pour participer à ce rituel considéré par tous comme un très grand honneur. Les sacrifices d’enfants, qui sont plus rares que d’autres dans la culture Inca, revêtaient une symbolique particulière dans le sens où la victime se voyait élever au rang de divinité (et non offerte en cadeau aux Dieux). À leur mort, es enfants rejoignaient leurs ancêtres et les Dieux pour veiller sur l’Empire.
En résumé, l’hypothèse principale des historiens fait le récit de grandes cérémonies se déroulant à Cuzco au Pérou pour célébrer ces enfants choisis parmi les plus beaux des héritiers des plus grandes familles. Une fois la fête terminée, les enfants entamaient un long voyage dans les Andes en compagnie de l’Inca, d’une délégation de nobles et des prêtres du soleil. Arrivés au sommet destiné à être leurs tombeaux, ils étaient revêtus d’une tunique d’apparat, l’unku, trop grande pour eux pour leur permette de continuer à grandir pendant l’éternité puis saoulés à la chicha pour les plonger dans un sommeil sans fin. Une fois les enfants endormis par l’alcool et le froid, on les disposait au fond de leur tombeau, décidant de leur position et disposant aux alentours de nombreuses figurines de bronze (poupées et lamas), et tout un trousseau comportant de très jolies pièces de tissus et d’orfèvrerie.

C’est ainsi que les archéologues les ont retrouvés 500 ans plus tard, naturellement momifiés par congélation.
En effet, le froid (il fait perpétuellement entre – 20 ° et – 30 ° au sommet du volcan), le manque d’oxygène (la pression atmosphérique chute de plus de 50 % là haut) et la sécheresse de l’air ont permis de conserver intacts les enfants. Ce phénomène était surement voulu par les Incas, une manière de rendre ces enfants réellement éternels, à jamais au sommet de ces montagnes sacrées reliant le terrestre au divin.

La scénographie du MAAM est exceptionnelle. La première salle explique d’abord comment a été mise en place cette expédition sous la direction de John Reinhard (qui a exhumé 18 momies depuis 1995). On découvre ensuite petit à petit les différents petits objets qui ont été retrouvés, tous d’une grande finesse d’exécution. Les effets de miroirs et la pénombre qui règne dans les salles d’exposition préparent le visiteur à la dernière salle. De longs panneaux explicatifs racontent peu à peu l’Histoire incroyable de ces enfants-Messagers des Dieux.

Nous ne savions pas ce que nous allions voir. Pour avoir déjà observé d’autres momies d’Amérique du Sud (au Musée d’Art Précolombien de Santiago du Chili par exemple), nous pensions nous retrouver devant des ossements enturbannés pour former une poupée de petite taille. Par ailleurs, nous avions eu vent du fait que la communauté indigène vivant au pied du volcan Llullaillaco avait réclamé la restitution des Momies ou – tout du moins – leur mise au secret pour en respecter la mémoire. Nous n’étions donc sûrs de rien.

En arrivant dans l’avant-dernière pièce, nous nous retrouvons face à trois grands clichés. Difficile de croire ce que l’on voit… Sur fond noir, se détachent les corps intacts de trois enfants dans des positions naturelles, les visages affaissés où l’on peut encore voir les cils, les mains recroquevillées où les ongles sont encore là, la peau foncée par le temps, mais semblant respirer… Il s’agit juste de photographies et pourtant l’émotion est palpable dans la salle.

Nous n’avons pas le temps de comprendre exactement ce que nous venons de voir que nous nous retrouvons face au petit garçon en chair et en os.

Dans son caisson cylindrique, il a gardé la position que les prêtres lui ont donnée. Si les scientifiques l’ont étudié sous toutes les coutures (les radios et les échographies ont révélé des organes intacts, des prélèvements ADN ont pu être faits), ils ont également relevé le défi de recréer ici à Salta, dans un musée, les mêmes conditions qu’au sommet du Llullaillaco. C’en est tellement réel que c’est difficile à croire. On en fait le tour les yeux écarquillés, plus personne ne parle, l’imaginaire prend son envol, de nombreuses questions se bousculent…

Tous les six mois, le musée change la momie qui est exposée aux visiteurs. Il n’y en a qu’une seule qui est là en continu, celle d’une petite fille à l’étage du dessous qui, trouvée au début du XXe siècle, est ensuite passée de mains en mains, sans que ni collectionneurs ni marchands ne se préoccupent de son état de conservation. Elle a enfin pu trouver sa place dans un musée, mais les dégâts causés sont irréparables. Cette salle didactique permet de justifier l’action du MAAM concernant les trois enfants du Llullaillaco. Outre les revendications des communautés indigènes qui se sentent à la fois spoliées et outragées, nombreux sont ceux qui trouvent un côté plus que malsain à cette exposition (des cadavres d’enfants, qui ont été exécutés il n’y a pas si longtemps que ça…).

Pour le conservateur du MAAM, son équipe, et les archéologues qui travaillent à faire connaître la culture Inca, ces enfants qui ont été en leur temps un lien entre leur peuple et les Dieux sont aujourd’hui ce qui nous relie à tout cela, et continue donc de jouer leur rôle de messagers à travers le temps et les vitres.


Conseils pratiques

Orientation Le MAAM est situé sur la place principale de Salta au 77 de la calle Mitre.
Budget 5,50 euros l’entrée (30 AR$).
Autres Du mardi au dimanche de 9h à 13h et de 16h à 21h (dernière entrée à 20h). Renseigneemnts sur www.maam.org.ar
España 596, Salta, Argentine

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