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Posté le 24/01/2010 - signaler un abus
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Lorsque les Incas sous le règne de Huayna Kapak, décident d’exploiter les sous-sols du Cerro Rico, une voix tonitruante s’élève de la montagne leur signifiant clairement que les richesses qu’elle contient sont destinées à un autre empire que le leur. « Potojsi » en Quechua signifie « tonnerre » et c’est ainsi que commence la légende de Potosi.
En 1544, l’indien Diego Huallpa part à la recherche de l’un de ses lamas égarés sur les pentes du Cerro Rico. À la nuit tombée, il décide de faire un feu en attendant le retour du soleil quand soudain la terre se met à fondre sous les flammes formant un ruisseau d’argent liquide à ces pieds…
Diego avertit des soldats espagnols, mais ceux-ci ne prêtent pas tout de suite attention à la nouvelle, il commence alors à exploiter un bout de terrain à son compte jusqu’au jour où il se confie à un ami, serviteur du majordome de l’Encomendero de Potosi. L’information remonte jusqu’à ce dernier qui, en l’absence de son maître, prend possession des richesses du Cerro Rico. Dès lors, la nouvelle se propage dans tout l’empire espagnol et les foules convergent vers le Cerro. En 1545, la Villa Imperial de Carlos V est officiellement fondée et ainsi commence l’enfer de Potosi.
En une vingtaine d’années, l’excavation à grande échelle est mise en place, toute l’économie de la région s’articule autour des mines et Potosi devient un des piliers principaux de la puissance coloniale espagnole. Des milliers d’esclaves indiens sont amenés pour travailler sous terre, des milliers d’esclaves africains écopent de l’éprouvant travail du métal. En 1572, est instaurée la Ley de la Mita obligeant tous les esclaves de plus de 18 ans à travailler par roulement de 12 h. Sous terre pendant quatre mois, les mitayos travaillent, mangent et dorment sans voir la lumière du jour. Ceux qui ne se tuent pas à la tâche (ou qui ne restent pas bloqués dans un éboulement) risquent de devenir aveugles si on ne leur couvre pas les yeux à leur sortie. La plupart meurent de toute façon rapidement des suites de problèmes respiratoires dus à la poussière dans les mines. Les ingenios, quant à eux, qui travaillaient dans les fonderies mourraient également prématurément empoisonnés au mercure.
Durant les trois siècles que dura la période coloniale, on estime qu’environ 8 millions d’Indiens et d’Africains périrent dans d’atroces conditions.
Après 1800, l'argent se fait plus rare, et l'étain devient la première ressource. Pendant toute la période de la Comibol, le centre de la montagne est délaissé par l’État qui met toute son énergie à prospecter le tiers supérieur. À la fin de l’ère de l’étain dans les années 1980, les mines d’État ferment et les coopératives de mineurs se mettent à exploiter la partie encore intacte du Cerro, le tiers inférieur que les Espagnols considéraient comme peu rentable à l’époque.
Les conditions de travail n’ont néanmoins pas tant changé. Bien sûr, les mineurs travaillent désormais à leur compte, mais les outils sont toujours archaïques, les tunnels datent parfois de plusieurs siècles et ne sont équipés d’aucun dispositif de sécurité, les températures sont toujours aussi insupportables (on avoisine parfois les 60 °) et le travail toujours aussi dur.
Lorsqu’on pénètre dans cet enfer, on sait que la visite ne va pas être une partie de plaisir. Physiquement et psychologiquement, on passe effectivement deux – trois heures très éprouvantes.
On retrouve notre guide, ancien mineur, à 8 h du matin. Nous nous équipons (toutes les agences fournissent casque, lampe torche et batterie, veste et pantalon amples, bottes… Pensez juste à apporter un foulard ou à acheter un masque antipoussière) et nous allons directement au marché des mineurs, là où tous viennent s’approvisionner.
On passe d’abord par une petite boutique où est vendu tout le matériel nécessaire au travail des mineurs. L’équipement bien sûr, mais aussi la dynamite (et l’engrais chimique qui va avec pour faire un plus gros boum) et l’alcool à 96 °. Il est 9 h du matin, mais on goutte quand même à ce liquide dont le packaging fait penser à du détergent si ce n’était l’inscription alcool bueno. On arrose de quelques gouttes le sol pour célébrer la Pachamama (la terre mère que tout mineur se doit d’honorer pour s’assurer de sa bienveillance et de sa protection) et on se fait un petit bouchon cul sec avant d’acheter quelques cadeaux pour les mineurs (20 bolivianos pour la dynamite et le matos qui va avec, 5 pour une bouteille de soda). À ces premières emplettes s’ajoutent une dizaine de cigarettes au tabac brun parfumé à l’anis (sans filtre bien sûr) et un sachet de feuilles de coca.
Ces dernières font partie du quotidien des mineurs qui, tous les matins, commence leur journée en en enfournant plusieurs dizaines dans leur bouche jusqu’à former une boule compacte dont ils tireront un jus aux vertus énergisantes, coupe-faim et anesthésiante. En une journée, chacun pourra en avoir englouti plus de 400 qu’il aura mêlé à une pâte salée (à base de cendre de quinoa) ou sucrée (à base de cendre de banane) pour en renforcer l’effet.
On arrive ensuite à un Ingenio (fonderie) où les roches extraites sans discernement des entrailles de la terre sont réduites en poudre et mélangées à divers produits nocifs (comme le mercure ou l’arsenic) pour en extraire l’argent, mais aussi le zinc ou le plomb. Ces métaux seront ensuite exportés dans d’autres contrées pour être transformés en lingots ou autres objets de valeur.
De là, on continue de gravir les pentes du Cerro pour arriver à l’entrée de la mine, la Candelaria Baja dans notre cas. Celle-ci a été ainsi rebaptisée en hommage à la vierge protectrice des mineurs (célébrée en février par une procession qui part du Cerro en emportant avec elle des images du Tat K’aecha, le patron des mines) dont la figure se fond avec celle de la Pachamama comme on peut le constater sur de nombreuses représentations du Cerro.
Nous voici à l’entrée de ces souterrains à la fois symbole de gloire et de désespoir. En quelques pas, il fait nuit noire et nous pénétrons au royaume des mineurs, des détonations de dynamites, des wagons tirés à mains nues, de la poussière omniprésente. Au fil des galeries, nous allons rencontrer plusieurs mineurs, certains travaillant en groupe, d’autres ayant choisi de se couper du monde et de travailler seuls, certains possédant du matériel électrique, d’autres accomplissant chaque étape à l’aide de la seule force de leurs bras.
Dans tous les cas, les quelques mots échangés, les visages aux traits tirés, les simples gestes de remerciement à la vue de nos maigres présents, nous conteront mieux que n’importe quel livre d’Histoire la difficile existence de ces hommes fiers qui ont choisi ce métier pour pouvoir survivre même si les maigres revenus qu’ils en tirent obligent bien souvent leurs enfants à suivre la même voie avant même l’âge légal de 18 ans.
Aujourd’hui, la vie de plus de 100 000 personnes à Potosi dépend directement ou indirectement de l’exploitation des mines, mais parmi elles, les mineurs restent les plus mal lotis, mourant souvent de la silicose (ils sont exposés de manière permanente à toutes sortes de gaz nocifs et de produits chimiques) avant d’atteindre l’âge de la retraite.
Tant que le Cerro Rico dominera Potosi, les sirènes continueront de marquer chaque début de journée. Récemment, on a découvert de nouvelles réserves de zinc et d’argent situées sous la montagne. Il faudrait alors raser celle-ci pour y accéder…
En 1544, l’indien Diego Huallpa part à la recherche de l’un de ses lamas égarés sur les pentes du Cerro Rico. À la nuit tombée, il décide de faire un feu en attendant le retour du soleil quand soudain la terre se met à fondre sous les flammes formant un ruisseau d’argent liquide à ces pieds…
Diego avertit des soldats espagnols, mais ceux-ci ne prêtent pas tout de suite attention à la nouvelle, il commence alors à exploiter un bout de terrain à son compte jusqu’au jour où il se confie à un ami, serviteur du majordome de l’Encomendero de Potosi. L’information remonte jusqu’à ce dernier qui, en l’absence de son maître, prend possession des richesses du Cerro Rico. Dès lors, la nouvelle se propage dans tout l’empire espagnol et les foules convergent vers le Cerro. En 1545, la Villa Imperial de Carlos V est officiellement fondée et ainsi commence l’enfer de Potosi.
En une vingtaine d’années, l’excavation à grande échelle est mise en place, toute l’économie de la région s’articule autour des mines et Potosi devient un des piliers principaux de la puissance coloniale espagnole. Des milliers d’esclaves indiens sont amenés pour travailler sous terre, des milliers d’esclaves africains écopent de l’éprouvant travail du métal. En 1572, est instaurée la Ley de la Mita obligeant tous les esclaves de plus de 18 ans à travailler par roulement de 12 h. Sous terre pendant quatre mois, les mitayos travaillent, mangent et dorment sans voir la lumière du jour. Ceux qui ne se tuent pas à la tâche (ou qui ne restent pas bloqués dans un éboulement) risquent de devenir aveugles si on ne leur couvre pas les yeux à leur sortie. La plupart meurent de toute façon rapidement des suites de problèmes respiratoires dus à la poussière dans les mines. Les ingenios, quant à eux, qui travaillaient dans les fonderies mourraient également prématurément empoisonnés au mercure.
Durant les trois siècles que dura la période coloniale, on estime qu’environ 8 millions d’Indiens et d’Africains périrent dans d’atroces conditions.
Après 1800, l'argent se fait plus rare, et l'étain devient la première ressource. Pendant toute la période de la Comibol, le centre de la montagne est délaissé par l’État qui met toute son énergie à prospecter le tiers supérieur. À la fin de l’ère de l’étain dans les années 1980, les mines d’État ferment et les coopératives de mineurs se mettent à exploiter la partie encore intacte du Cerro, le tiers inférieur que les Espagnols considéraient comme peu rentable à l’époque.
Les conditions de travail n’ont néanmoins pas tant changé. Bien sûr, les mineurs travaillent désormais à leur compte, mais les outils sont toujours archaïques, les tunnels datent parfois de plusieurs siècles et ne sont équipés d’aucun dispositif de sécurité, les températures sont toujours aussi insupportables (on avoisine parfois les 60 °) et le travail toujours aussi dur.
Lorsqu’on pénètre dans cet enfer, on sait que la visite ne va pas être une partie de plaisir. Physiquement et psychologiquement, on passe effectivement deux – trois heures très éprouvantes.
On retrouve notre guide, ancien mineur, à 8 h du matin. Nous nous équipons (toutes les agences fournissent casque, lampe torche et batterie, veste et pantalon amples, bottes… Pensez juste à apporter un foulard ou à acheter un masque antipoussière) et nous allons directement au marché des mineurs, là où tous viennent s’approvisionner.
On passe d’abord par une petite boutique où est vendu tout le matériel nécessaire au travail des mineurs. L’équipement bien sûr, mais aussi la dynamite (et l’engrais chimique qui va avec pour faire un plus gros boum) et l’alcool à 96 °. Il est 9 h du matin, mais on goutte quand même à ce liquide dont le packaging fait penser à du détergent si ce n’était l’inscription alcool bueno. On arrose de quelques gouttes le sol pour célébrer la Pachamama (la terre mère que tout mineur se doit d’honorer pour s’assurer de sa bienveillance et de sa protection) et on se fait un petit bouchon cul sec avant d’acheter quelques cadeaux pour les mineurs (20 bolivianos pour la dynamite et le matos qui va avec, 5 pour une bouteille de soda). À ces premières emplettes s’ajoutent une dizaine de cigarettes au tabac brun parfumé à l’anis (sans filtre bien sûr) et un sachet de feuilles de coca.
Ces dernières font partie du quotidien des mineurs qui, tous les matins, commence leur journée en en enfournant plusieurs dizaines dans leur bouche jusqu’à former une boule compacte dont ils tireront un jus aux vertus énergisantes, coupe-faim et anesthésiante. En une journée, chacun pourra en avoir englouti plus de 400 qu’il aura mêlé à une pâte salée (à base de cendre de quinoa) ou sucrée (à base de cendre de banane) pour en renforcer l’effet.
On arrive ensuite à un Ingenio (fonderie) où les roches extraites sans discernement des entrailles de la terre sont réduites en poudre et mélangées à divers produits nocifs (comme le mercure ou l’arsenic) pour en extraire l’argent, mais aussi le zinc ou le plomb. Ces métaux seront ensuite exportés dans d’autres contrées pour être transformés en lingots ou autres objets de valeur.
De là, on continue de gravir les pentes du Cerro pour arriver à l’entrée de la mine, la Candelaria Baja dans notre cas. Celle-ci a été ainsi rebaptisée en hommage à la vierge protectrice des mineurs (célébrée en février par une procession qui part du Cerro en emportant avec elle des images du Tat K’aecha, le patron des mines) dont la figure se fond avec celle de la Pachamama comme on peut le constater sur de nombreuses représentations du Cerro.
Nous voici à l’entrée de ces souterrains à la fois symbole de gloire et de désespoir. En quelques pas, il fait nuit noire et nous pénétrons au royaume des mineurs, des détonations de dynamites, des wagons tirés à mains nues, de la poussière omniprésente. Au fil des galeries, nous allons rencontrer plusieurs mineurs, certains travaillant en groupe, d’autres ayant choisi de se couper du monde et de travailler seuls, certains possédant du matériel électrique, d’autres accomplissant chaque étape à l’aide de la seule force de leurs bras.
Dans tous les cas, les quelques mots échangés, les visages aux traits tirés, les simples gestes de remerciement à la vue de nos maigres présents, nous conteront mieux que n’importe quel livre d’Histoire la difficile existence de ces hommes fiers qui ont choisi ce métier pour pouvoir survivre même si les maigres revenus qu’ils en tirent obligent bien souvent leurs enfants à suivre la même voie avant même l’âge légal de 18 ans.
Aujourd’hui, la vie de plus de 100 000 personnes à Potosi dépend directement ou indirectement de l’exploitation des mines, mais parmi elles, les mineurs restent les plus mal lotis, mourant souvent de la silicose (ils sont exposés de manière permanente à toutes sortes de gaz nocifs et de produits chimiques) avant d’atteindre l’âge de la retraite.
Tant que le Cerro Rico dominera Potosi, les sirènes continueront de marquer chaque début de journée. Récemment, on a découvert de nouvelles réserves de zinc et d’argent situées sous la montagne. Il faudrait alors raser celle-ci pour y accéder…
Conseils pratiques
| Orientation | Le sommet se situe au sud de Potosí, chef-lieu du département homonyme, en Bolivie. Il domine la ville d'environ 600 mètres de haut. |
| Equipement | Des vêtements légers, un foulard (ou un masque). Laissez votre bouteille d’eau avec le reste de vos affaires au moment de vous changer. |
| Budget | De 8 à 10 euros le tour d’une demi-journée + les cadeaux pour les mineurs |
| Autres | L'Agence Koala Tour emploie des anciens mineurs et reverse une partie des bénéfices aux Coopératives (bureau en face de la Moneda). Prendre le tour du matin. |
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TripTeaser
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Durée : 3j - Budget : 54.5€le 06/03/2010
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