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AMÉRIQUE DU SUD - URUGUAY - MONTEVIDEO

1er tour des élections présidentielles

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Posté le 26/10/2009
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Lorsqu’on voyage, on essaie toujours de s’intéresser un tant soit peu à l’histoire des pays que l’on traverse. En lisant simplement les pages d’introduction des guides papier que l’on se trimballe, en visitant musées ou lieux historiques et quelquefois en faisant des rencontres ou en vivant des instants d’importance nationale.

– Dimanche 25 octobre 2009 – Nous sommes à Montevideo, c’est le premier tour des élections présidentielles en Uruguay. Plus de 2,5 millions d'électeurs sont appelés à se rendre aux urnes, sachant que le vote est obligatoire en Uruguay.

Cinq ans après l’arrivée au pouvoir du Frente Amplio, le premier gouvernement de gauche du pays depuis 174 ans (!), qui regroupe socialistes, communistes, chrétiens-démocrates et Tupamaros, le peuple souhaite poursuivre dans cette voie aux côtés de José Mujica, alias Pepe, un ancien guérillero devenu sénateur.

Tous les gens que nous rencontrons nous assurent que la victoire de Pépé est assurée et que la fête va être belle. Au fur et à mesure que l’heure des résultats approche, les drapeaux 'rouge-bleu-blanc' fleurissent aux fenêtres des voitures et les chants « Vamos al/ Soy del/Y Viva el... Frente » commencent à résonner.

Il y a quarante ans, c'est à coups de fusil et de dynamite que les Tupamaros et José Mujica tentaient d'importer la révolution cubaine dans un Uruguay encore qualifié de Suisse de l'Amérique latine, une terre qui à cette époque élisait démocratiquement son président et son Parlement, au sein duquel même le Parti communiste était présent.
La dictature militaire prit ensuite le relais de 1973 à 1985 menée par les généraux uruguayens qui à l’instar d'autres gouvernements de pays d'Amérique latine contaminée par la Guerre froide, désiraient se prémunir coûte que coûte du péril marxiste. Pepe passa l’intégralité de la durée de ce régime derrière les barreaux.

Aujourd’hui, Il est à la tête d’un mouvement sociale-démocrate à mi-chemin entre celui pris par Lula au Brésil et celui de Chavez au Venezuela. Sous le mandat de son (potentiel) prédécesseur, Tabaré Vazquez, le taux de pauvreté est passé de 34 à 20 %, celui de chômage de 13 à 8 %, les investissements étrangers n’ont jamais été aussi élevés et la crise n’a pas empêché l’économie du pays de croître.

Dès la tombée de la nuit, les habitants de la capitale se mettent à converger vers la Rambla au pied de l’hôtel Columbia NH où se trouve le futur président qu’ils espèrent. On a monté des parrilladas un peu partout, on vous propose tous les 20 mètres de vous peindre les joues aux couleurs de l’espoir, on boit, on rigole et on attend avec impatience de savoir si on a éclaté les méchants dès le premier tour. Même des drapeaux de l’ex-URSS et d’autres à l’emblème du Che sont de sorties.

Quand Pepe prend enfin la parole (relayé par un grand écran et de puissantes enceintes) c’est pour dire que la majorité absolue vient juste de leur passer sous le nez avec entre 47 et 49 % des votes, et qu'il va falloir aller au second tour. Mais ce n’est pas grave, affirme-t-il, le score du Frente Amplio dépasse celui des deux partis traditionnels (Blanco et Colorado) ajoutés, l’écart entre le Frente Amplio et le second arrivé (Blanco) est plus grand qu’en 2004 : « Restons Unis et la Victoire restera assurée ». Il suffit juste d’attendre 30 jours maintenant.

Ce que Pepe ne dit pas dans son discours c’est qu’il va surement lui falloir négocier pour assurer ce qu’il promet à ses militants, car en face, Alberto Lacalle, le candidat conservateur du Parti national (Blanco), compte sur le report de voix du candidat centre droit libéral (Colorado), Pedro Bordaberry, le fils de l'ancien dictateur Juan Maria Bordaberry, et rêve ainsi récupérer le plus de sièges possible à l’Assemblée et au Parlement. Quelques centaines de mètres à côté de la fiesta 'rouge,bleu,blanc', sur la Plaza Matriz, c’est d’ailleurs cet espoir que fêtent le peu de Blancos qui vivent à Montevideo, en compagnie des forces de police qui les protègent du reste de la population.

Sur les rives du Rio de la Plata, la fête bat son plein, feux d’artifices et flonflons, mais quelques visages ne sont pas si souriants. En effet, simultanément aux élections présidentielles, avaient lieu deux référendums, le premier concernant l'octroi du droit de vote, à partir de 2014, aux Uruguayens résidant à l'étranger et le second abordant un sujet plus lourd : l'abolition de la « Loi de Caducité ».

Datant de 1986 et confirmée par référendum en 1989, cette loi protège policiers et militaires (mais pas les civils) des poursuites judiciaires pour crimes perpétrés sous la dictature, sauf pour enlèvements commis à l'étranger.
C’est d’ailleurs cette charge qui a été retenue contre le général Gregorio Alvarez condamné à 25 ans de prison le 22 octobre, trois jours avant les élections pendant que l'ex-capitaine de marine Juan Carlos Larcebeau, écopait pour sa part de 20 ans. L'ancien dictateur Juan Maria Bordaberry (1973-1976), un civil de 81 ans, est pour sa part en attente de jugement.

Les partisans des droits de l’homme espéraient donc voir cette loi offrant l’impunité à d’autres abrogée, mais son abolition n’a été soutenue que par environ 43 % de la population et le passé restera donc le passé à jamais.

De même, les Uruguayens résidant à l’étranger n’auront pas non plus leur mot à dire lors des prochaines élections.

Mais ni les disparus, ni les expatriés n’empêcheront le peuple de Montevideo de chanter tard dans la nuit. Une fête haute en couleur donc, pour une victoire en demi-teinte.


Conseils pratiques

Equipement Drapeaux (du pays et du parti), bières et pétards.
Autres Prochain tour des élections uruguayenne le 29 novembre 2009.
Montevideo, Uruguay

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Jyete


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